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jeudi 13 mars 2008

YA DU POGNON


Pour contrer l'inflation, le gouvernement joue la concurrence dans les services
LE MONDE POUR DIRECTMATINPLUS 13.03.08 05h44 • Mis à jour le 13.03.08 05h53

Peut-on faire baisser les prix et comment ?
C'est l'obsession du gouvernement confronté, depuis septembre 2007, à une hausse brutale des prix.
Elle pèse sur la vie quotidienne des Français et rend particulièrement difficiles à tenir les promesses de Nicolas Sarkozy, qui se voyait en "président du pouvoir d'achat".
Les dernières statistiques de l'Insee, publiées mercredi 12 mars, témoignent de la persistance de ce regain d'inflation après deux décennies de hausse modérée : les prix de détail ont augmenté de 0,2 % en février; le taux d'inflation annuel (+ 2, 8%), identique à celui de janvier, reste le plus élevé depuis mai 1992.
Et surtout, pour la deuxième fois depuis le début de l'année, les prix dans la grande distribution ont fortement progressé (+ 0,8%, après + 1,1% en janvier). Sur un an, leur hausse atteint 4,6 %, soit 1,8 point de plus que l'ensemble des prix de détail.
Ce retour de l'inflation n'est pas une spécialité française.
Les prix augmentent partout en Europe, et ces hausses, pour partie structurelles, sont autant de bonnes nouvelles pour les agriculteurs et pour les pays émergents.
Les effets de la globalisation s'atténuent. Le choc avec les pays émergents, dont les plus peuplés - la Chine et l'Inde - constituent de gigantesques réservoirs de main d'oeuvre à bas coût, ont tiré vers le bas les prix dans les vieilles nations industrialisées.
Ces pressions baissières vont diminuer avec l'augmentation progressive des coûts de production dans les pays émergents. De plus, la forte demande de ces derniers, Chine en tête, fait flamber presque toutes les matières premières : le pétrole, les métaux, des produits industriels comme l'acier ou la pâte à papier, mais aussi les céréales et les oléagineux. Selon Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine, "leurs prix ont été en moyenne multipliés par cinq depuis 2000, et ils devraient rester soutenus en 2008 dans un climat de forte instabilité et de très grande sensibilité aux moindres aléas, géographiques ou climatiques".
Reste à combattre l'inflation domestique, largement due chez nous à une concurrence insuffisante dans les services.
Le gouvernement s'emploie à la renforcer, en amplifiant l'effort de modernisation des relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs qui a été engagé depuis 2003.
Ces relations sont très encadrées en France où la revente à perte est interdite depuis 1963. À l'époque, cette disposition avait été introduite pour protéger le petit commerce face aux appétits de la grande distribution.
Trente-trois ans plus tard, la loi Galland avait été adoptée pour clarifier les règles de facturation et l'interdiction de la revente à perte. Mais en déplaçant la négociation entre fournisseurs et distributeurs de l'"avant" - les prix nets facturés -, vers l'"arrière" - c'est-à-dire les réductions de prix hors facture et la coopération commerciale (rabais, ristournes, rémunération de services divers) -, elle a progressivement affaibli la concurrence par les prix et elle a abouti à une spirale inflationniste sur les prix des produits de grande consommation entre 2000 et 2006.
Depuis 2002, les gouvernements Raffarin et Villepin se sont attaqués à ces dérives.
Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie, avait obtenu, en 2004, des représentants des fournisseurs, des distributeurs et du monde agricole un "engagement pour une baisse durable des prix à la consommation".
La loi Dutreil d'août 2005 en faveur des PME a partiellement réformé la loi Galland, en intégrant progressivement une partie des "marges arrière" dans le calcul du seuil de revente à perte.
La réforme de 2005 a conduit à une diminution de 3,2% des prix de produits de grande marque entre mai 2006 et mai 2007.
Au total, elle a permis, selon le secrétariat d'Etat à la consommation, de réinjecter près de 2,5 milliards d'euros par an de gain de pouvoir d'achat.
Avec l'élection de Nicolas Sarkozy, une nouvelle étape a été franchie.
La loi Chatel pour le développement de la concurrence, promulguée en janvier, va permettre de réintégrer la totalité des marges arrière dans le calcul du seuil de revente à perte, et d'obtenir ainsi le maximum d'effets baissiers sur les prix.
Le tout pourrait être parachevé au printemps avec la loi de modernisation de l'économie en cours d'élaboration.
Celle-ci pourrait, d'un côté, permettre la négociabilité des conditions générales de vente et de tarif entre fournisseurs et distributeurs, de l'autre, changer les règles de l'urbanisme commercial (lois Royer et Raffarin) pour doper la concurrence.

Claire Guélaud